Monter le Cid aujourd'hui. C'est un triple hommage. Hommage à Corneille. Hommage à la pièce fétiche de Gérard Philipe. Hommage au Théâtre tout simplement...
Alain Ollivier fait tonner les trois coups du Théâtre comme miroir de notre société.
Pour sa dernière saison en tant que directeur du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, Alain Ollivier a choisi de nous proposer une lecture du Cid, qui rend hommage à l'art d'être comédien. De
défendre un des textes les plus connus du répertoire français. Et c'est en famille, en groupe scolaire, que l'on vient applaudir le Théâtre à la Française et que chacun se met à fredonner les
classiques de Pierre Corneille.
Le texte servi par la sobriété
Sur un décor sobre et tout en horizontales, les comédiens, en costume d'Espagne du XVIème siècle, viennent confronter les générations. Philippe Girard compose le Comte, père de Chimène, tout en
assurance un rien hautaine jusqu'à s'emporter face à Bruno Sermonne dans le rôle de Don Diègue, père de Rodrigue. Le gant est lâché sur une joue. Les jeux sont faits. L'honneur est bafoué. Bruno
Sermonne se lance avec quelques sanglots : « ô rage, ô désespoir... et n'est-ce pas dans le fond, après son orgueil que pleure désormais cet homme d'âge mûr, devenu soudain grand enfant. Car il
faut voir avec quel élan de poupon, Don Diègue viendra demander vengeance auprès de son fils Rodrigue, pourtant épris de Chimène. Thibaut Corrion est un Rodrigue plein de candeur et qui devra
affronter son promis beau-père en duel.
Miroir et Métaphore
Et si Alain Ollivier venait surtout à dégager celà de la pièce de Corneille. Qu'est-ce que l'honneur. Qu'est-ce que l'orgueil au regard de la mort d'un homme. Il faut voir alors comment Philippe
Girard délaisse sa superbe pour esquisser quelques secondes de doute, de faiblesse au moment de partir au duel. Lui, homme d'arme, au métier si sûr. Ne va t-il pas laisser vivre la jeunesse. Ne
va t-il pas rester adulte et s'abandonner de cet orgueil que son rival n'a pas voulu céder ?
Les jeux sont faits. Et la suite sera surtout pour malmener une Chimène qui vient de perdre son père, qui vient de perdre foi en l'amour de son promis. Claire Sermonne est une Chimène éperdue. Et
John Arnold, en roi de Castille, viendra jouer d'elle et de ses tourments, avec espièglerie. La fin de la pièce passe ainsi du tragique au comique à la faveur de ses revirements de situation, de
ses changements d'humeur en quasi soubresauts.
Mais tout est bien qui finit bien. Les amoureux seront réunis; le public réconcilié avec le théâtre que d'aucuns laissent pour moribond...
...mais qui ne finit pas de divertir, d'enseigner.
Le Cid nous offre ce miroir, dans une société où la place de l'honneur, de l'orgueil peut venir occuper les colonnes des faits divers,
les bancs des assises. Alain Ollivier semble nous interroger : que vaut finalement l'honneur face à la mort d'un homme et des tourments qu'il entraîne.