Vendredi 30 novembre 2007
Le Cid, une mise en scène « à un coup »
Dés le début de la pièce, Alain Ollivier pose des partis pris de mise en scène très clairs, très affirmés et ne s’en départit pas. Malgré quelques légères variations, il déploie la même
idée tout au long du spectacle, jusqu’à l’exténuation, l’extinction de cette idée.
Alain Ollivier nous offre avec sa mise en scène du fameux
Cid de Corneille des éclats de beauté mais ne parvient malheureusement pas à nous toucher, à nous rendre concernés par ces
différentes destinées. Il nous donne le goût de ce classique mais ne peut nous en restituer la saveur.
Une mise en scène esthétisante.
Le metteur en scène organise son image théâtrale en reprenant les codes de la peinture.
Les costumes, d’époque, renvoient au Siècle d’Or espagnol et évoquent Vélazquez.
Les acteurs adoptent des postures géométrisées tandis que leur emplacement reprend les règles de composition des portraits de groupe. Je soulignerai particulièrement l’attention portée à une
gestuelle rigoureuse, précise et chorégraphiée.
Quant à la diction des vers, elle s’efforce de respecter au plus près leur énonciation, ce qui instaure une musicalité.
Si j’entends fort bien le texte et si mon cerveau en comprend les enjeux, je peine à percevoir le sens, les partis pris dramaturgiques de cette mise en scène.
Une non lecture
Si l’intrigue de base est parfaitement lisible et entendue, aucune thématique ne semble privilégiée.
Il est manifeste que Alain Ollivier tente de produire un discours sur le Pouvoir. Il met en place une stratégie de la distinction.
Au-delà des costumes, la scénographie (une estrade) et l’organisation des déplacements des interprètes marquent cette volonté : le roi et l’Infante pénètrent par le centre tandis que les autres
protagonistes du drame n’effectuent que des déplacements latéraux, à partir des entées de côté.
En revanche, le metteur en scène ne rend pas compte théâtralement du fameux dilemme déchirant entre Honneur et Amour. Il se contente de le faire résonner dans les vers.
J
’aurais aimé un Cid actuel
D’ailleurs, comment exprimer ce dilemne aujourd’hui ? Comment trouver des motifs équivalents qui feraient sonner ce dilemme dans notre société ?
Si je sais gré à Alain Ollivier de nous rappeler combien l’esthétisme est une véritable valeur du théâtre français, il nous convainc également que toute cette beauté, si agréable à contempler
pendant un temps, reste néanmoins insuffisante.
Il nous faut révéler les combats précieux qui se nichent au cœur des chefs-d’œuvres.
De nos jours, dans notre société, comment faire entendre cette gloire, cet héroïsme gagné au fil de l’épée, alors que nous ne cessons de pourfendre la guerre ?
Je me souviens de la Guerre au théâtre
J’ai eu l’immense bonheur de voir
Les Perses d’Eschyle dans la mise en scène de Peter Sellars. Quel saisissement à l’entrée de ce Xerxès, qui empruntait ces traits à Saddam Hussein,
quelques temps seulement après la première Guerre du Golfe !
Je me souviens du prologue de
Femmes de Troie, d’après
Les Troyennes d’Euripide, dans la mise en scène de Matthias Langhoff. Le texte d’introduction, dit par Claude Duneton,
décrivait l’expérience de ces jeunes gens de dix-huit ans, envoyés par un quarteron de généraux argentins, combattre l’armée professionnelle britannique pour des cailloux qui s’appellent Les
Malouines. Après avoir été battu, humilié et violé par les soldats vainqueurs, un de ces jeunes hommes est rentré chez lui et, à quelques mètres de son village, s’est crevé les yeux de honte, comme
Œdipe.
Voilà ce dont on devrait nous entretenir au théâtre, grâce aux classiques.
Débohra ZANETTE