Vendredi 25 janvier 2008
La Maison de Bernarda Alba : García Lorca, Novicov.
Un pari audacieux et réussi.


Avec cette œuvre si austère, la Compagnie Angledange nous offre un délicieux moment de théâtre où rire et poésie se conjuguent pour que jaillisse toute l’émotion contenue dans le texte de Lorca.


Des marionnettes…

undefinedDans la petite salle du TGP, les spectateurs s’installent sur des bancs face à un castelet… Comme pour assister à un spectacle de Guignol... L’apparition de La Poncia ne dément nullement cette première impression : tel une marionnette au corps contraint dont les mains s’agitent au bout de bras serrés contre un buste figé, Matteo Zimmermann, excellent dans le rôle de la vieille servante, donne parfaitement le change.
Les cloches sonnent, c’est la fin de la cérémonie funèbre ; Bernarda et ses filles sont déjà sur le chemin du retour à la maison. Et voilà qu’apparaissent, derrière les voiles blancs qui séparent l’intérieur de l’extérieur, défilant en ombres chinoises, des personnages grotesques, aux doigts allongés et nez crochus, dansant une sarabande bouffonne aux sons d’une musique tonitruante.
Des éclats de rires accueillent ce lever de rideau et l’autre soir, un spectateur, sans doute surpris que le drame de Federico Garcia Lorca suscite une telle hilarité, répétait à son jeune voisin : « on rit jaune ! ».
On connaît en effet la trame de la pièce qu’écrivit le poète espagnol en 1936. Devenue veuve, Bernarda, femme orgueilleuse, autoritaire et taciturne, a juré au ciel que le deuil serait, selon la tradition, de huit années. Contraintes d’obéir, ses filles vivront désormais sous sa férule, dans un à huis clos étouffant et hors d’état de se soustraire à l’observance de la règle sauvage qu’elle leur impose. Voilà, la maison de Bernarda Alba : cinq filles, célibataires dont l’aînée est âgée de 39 ans, rêvant de mariage et vêtues de noir, visages méfiants et sournois, qui s’épient du coin de l’oeil et ne relâchent jamais rien de leur jalousie réciproque.


Des femmes…

La mise en scène d’Andrea Novicov est on ne peut plus réjouissante. Lorsque La Poncia entre tenant entre les mains son rouleau à pâtisserie, on n’est pas loin de sentir, qu’à l’instar de Guignol, elle pourrait bien se mettre à frapper celle qui incarne la répression…
Pas un seul instant pourtant, nous ne perdons de vue l’essentiel : ce texte est la dénonciation sévère d’une société espagnole traditionaliste qui enferme les femmes. Derrière l’hystérie de ces petits personnages grotesques se devinent des femmes dont les corps pourraient s’épanouir et s’ouvrir si le désir n’était à ce point refoulé et les rêves si totalement brisés.
Grâce aux lumières de Danielle Milovic et à la scénographie de Christophe Kiss, Andrea Novicov et sa collaboratrice artistique Sandra Amodio inventent des images dont la sensibilité et la poésie enchantent.
Le personnage de Maria Josefa qu’incarne Valérie Liengme, vielle folle qui parvient en quelques occasions à s’échapper de la chambre dans laquelle sa fille, Bernarda la tient enfermée, acquiert une beauté emblématique dans les jeux d’ombres et de voiles qui, si justement la dévoilent. Des bras qui s’ouvrent et deviennent cuisses, une voix qui hurle au désespoir, Maria Josefa devient le spectre d’un désir d’autant plus éclatant qu’il est étouffé. Les folles sont bien celles que la répression rend folles…


L’Espagne…

Adela, jouée par Léa Pohlhammer est la plus jeune des filles de Bernarda, la plus libre aussi… C’est elle qui, à travers son amour pour Pepe El Romano, refuse de se soumettre. Fiancé d’Angustias, l’homme qui, chaque soir vient au portail rencontrer sa promise, est l’objet des fantasmes de toutes ces femmes en mal d’amour. Mais seule, la plus jeune, osera braver l’interdit au risque de devoir affronter une répression plus implacable encore que celle que lui fait subir sa mère et dont un exemple lui est donné à travers l’histoire d’une fille du village. Pour cacher sa honte, la fille de la Librada, a tué son enfant illégitime et l’a jeté sous des pierres. Des chiens l’ont trouvé et l’ont déposé sur le seuil de sa porte. Dans une espèce de folie furieuse, les villageois la traînent dans les rues avant de la tuer.
Abandonnant soudain son corps entravé de marionnette, Adela, s’élevant contre l’injustice et la cruauté de ceux qui l’entourent, se dresse en fond de scène et hurle un non qui l’engage définitivement sur le chemin qu’elle s’est choisi, celui de la rébellion. L’image est belle et touchante. Et l’on se souvient qu’à l’heure où Lorca écrit ces lignes, c’est l’Espagne qu’on assassine. Le poète, alors âgé de trente-huit ans, sera d’ailleurs fusillé par les franquistes quelques mois après avoir mis un point final à cette dernière pièce.

Christine LE BOT
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par theatregerardphilipe publié dans : La Maison de Bernarda Alba-Théâtre Gérard Philipe
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Mardi 18 décembre 2007
La Marquise d'O. de Lukas Hemleb

La nouvelle d'Heinrich von Kleist, La Marquise d'O., portée à la scène par Lukas Hemleb, a été présentée durant un mois au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis.

"A M...,ville importante de haute-Italie, la marquise d'O, dame d'excellente réputation, veuve et mère de plusieurs enfants, fit savoir par la presse qu'elle était , sans savoir comment, dans l'attente d'un heureux événement , que le père de l'enfant qu'elle attendait devait se faire connaître , et que, pour des considérations d'ordre familial, elle était prête à l'épouser ..."
Friedrich-arbre.jpg
Décor, costumes et lumières s'inspirent, me semble-t-il, de l'univers du peintre Gaspar David Friedrich (1774-1840). (voir l’illustration, Abbaye dans la forêt de chênes).

Un panneau coulissant mobile agrandit ou resserre à volonté l'espace scénique : de loin, dans le flou artistique d'un jeu d'ombres chinoises, le spectateur assiste à la mise à sac de la forteresse, voit errer la Marquise, écoute les potins de salon ou subit, comme l'héroïne une sensation d'écrasement.
Au sol, un dallage noir et blanc évoque un échiquier où les pièces seraient déplacées par chacun des personnages en quête d'honneur dans ce jeu de la vérité.
Marquise.JPG
La sonate opus 111 de Beethoven jouée au piano ponctue cette adaptation théatrale qui oscille entre (mélo) drame et comédie, ces nuances donnent à la nouvelle beaucoup de densité.
Le tour de force de Lukas Hemleb est d'avoir restitué tel quel le texte d'Henrich von Kleist sans l'avoir réécrit, redécoupé pour le théâtre sous la forme canonique dialogues/didascalies .

Les longues phrases complexes distribuent à tour de rôle la parole : tel personnage, d'abord narrateur-témoin devient acteur et vice -versa, d'où un effet de distanciation , particulièrement pertinent pour le personnage de la Marquise observatrice effarée de son étrange état.

D'abord décontenancé par ce procédé inhabituel, le spectateur est vite conquis par la précision du jeu des acteurs, le subtil mélange du tragique et du comique, le charme du décor.
Eblouissant !

Plus d'articles de Marcelle Simon sur photograff.blogspot.com/
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Mardi 4 décembre 2007
Pascal Rambert sous le signe du 2

Pascal Rambert, nouveau directeur succédant à Bernard Sobel, a rebaptisé le théâtre de Gennevilliers      « théâtre2gennevilliers ». Pour inaugurer la saison, il nous invite à découvrir 2 créations, L’Art du théâtre et Toute la vie qu’il a écrites, qu’il met en scène et qu’il annonce comme étant : « une féerie et un manifeste ».


Pascal Rambert ou la délégation de l’art

Arrivant au T2G par un dimanche après-midi d’automne (gris et pluvieux, comme il se doit !), on est d’abord séduit par le rouge lumineux qui nous accueille et met en valeur le sol de planches claires du grand hall d’accueil. Des planches, du rouge, de l’espace, c’est brut, c’est beau, ça va bien pour un théâtre… On se dit qu’on a bien fait de venir !
Pour assister à L’art du théâtre, première des deux créations que propose le nouveau directeur du T2G, nous nous installons dans une salle perchée au sommet du bâtiment. Les murs, bruts, ont été recouverts d’une couche de blanc vif et lumineux. Deux fenêtres en forme de hublots donnent sur les HLM d’en face. Les bruits de la rue nous parviennent, à peine assourdis. L’extérieur est présent : c’est une ville de banlieue.
A cet égard, Pascal Rambert, depuis son arrivée à Gennevilliers en septembre, axe sa communication sur sa volonté d’ancrage dans un territoire qui lui est, de toute évidence si exotique qu’il n’a de cesse de s’en émerveiller : photos de gennevillois, rencontres avec des gennevillois… Il a d’ailleurs fait se rencontrer Buren (oui, Daniel, l’artiste) et des lycéens en plasturgie (gennevillois) pour qu’ensemble, ils créent un parcours fléché. Il appuie sa démarche par des slogans du genre : « Avec les flèches de Buren, on ne peut plus se perdre. » Pascal Rambert semble penser qu’avant lui, le théâtre et la ville constituaient deux entités étrangères l’une à l’autre, irréconciliables… Il invente le 2 pour les faire se rencontrer…
Voilà à quoi l’on pense en regardant le plateau nu, la chaise ordinaire posée devant nous et la couverture grise pliée en quatre sur le sol.
Par une porte située en contrebas, un vieil homme entre, monte les quelques marches et se dirige vers la chaise. Il tire sur une laisse. Un chien le suit. « C’est un chien vivant, un vrai chien, un vrai cocker ! » précise Pascal Rambert dans l’interview qu’il donne à propos de cette création. Un vrai chien sur scène... Quelle audace !! Dans le second spectacle, c’est un mouton qui passera de bras en bras en émettant quelques bêlements. C’est un vrai mouton !
L’homme parle au chien. La voix un peu traînante est teintée du léger accent de Lou Castel. C’est une voix qui nous porte, nous touche et nous émeut.
On imagine bien l’homme −allure ordinaire et vêtements ordinaires− dans la cuisine ordinaire d’un HLM de banlieue. En vérité, cet homme-là est un vieil acteur, fatigué, désabusé. Passées les premières minutes d’émotion, on n’entend plus qu’une litanie qui pourrait être sans fin. On se détache, on s’ennuie presque, on s’échappe par les hublots, on écoute les bruits de la ville…
Lou Castel est bon, sur ce texte qui l’est moins. Il parvient à nous arracher un sourire de temps en temps. On se dit que finalement, on a quand même quelque chose à faire là !!
« Je voulais faire parler un acteur sur sa vie d’acteur. Et surtout, je voulais le faire de façon un peu provoca…, provocante, provocatrice » confie l’auteur.
Et si l’art du théâtre consistait à provoquer une vraie rencontre ? Authentique. Sincère.
Au T2G, il y a maintenant des « médiateurs » (démarche appuyée par le slogan : « Au théâtre2gennevilliers, il y a des ponts entre vous et ce qui se passe sur la scène. ») Ainsi, ce que le metteur en scène ne parvient pas à réaliser, cette rencontre entre la scène et le public, cette magie de l’art, incombe à ces jeunes gens. Heureusement, « ils sont de Gennevilliers » !


Pascal Rambert ou l’art du trop-plein


Toute la vie, c’est toute la vie de Ah (oui, le héros s’appelle « Ah ») : Ah naît, Ah grandit, Ah découvre l’amour, l’art, Ah devient artiste, Ah voyage, Ah fait l’amour, etc., etc.
L’originalité de cette histoire pourrait tenir au fait qu’elle se veut œuvre d’anticipation (Ah naît en 2010 et meurt en 2085) mais curieusement, c’est aux années 1970 que l’on pense tant l’esthétique, les choix de mise en scène et d’écriture collent à ces années-là. Conditionnés que l’on est par le « petit Dogma » que constitue L’Art du théâtre, on continue de s’interroger : cet art-là, celui de Pascal Rambert, consisterait-il à répéter sans jamais rien (ré)inventer ? Répétition, ressassement… On repense au spectacle précédent et au vieil acteur fatigué, ressassant sa rancœur.
Pour Ah, la grande scène du théâtre est transformée en boîte blanche, de ce blanc auquel le metteur en scène semble attaché : « le théâtre s’écrit sur la page blanche de la scène ».
Ça commence par la naissance de Ah. La future maman est enceinte (c’est une vraie femme et elle est enceinte pour de vrai !). L’accouchement, filmé « en direct » est retransmis sur les écrans de télévision des côtés.
La boîte blanche devenue salle d’opération pour un accouchement télévisé, restera lieu d’expérimentation. Pour le théâtre. Et la « féerie » promise par Pascal Rambert s’apparente à une tentative de nous éblouir par une accumulation de moyens techniques et d’effets en tous sens. Sur scène : 21 comédiens pour jouer le rôle de Ah, un quatuor à cordes, une caméra, des micros, des écrans… Beaucoup de monde, beaucoup de technique, beaucoup de mouvements…
Pour sa mise en scène de Toute la vie, Pascal Rambert a recours à un autre type d’accumulation : il sous-titre, surligne, appuie. Ainsi, Michael Bennet chante de sa belle voix de ténor et le texte est traduit sur les écrans des côtés ; un des 21 comédiens prend le rôle de Ah ; il ôte son T-shirt noir pour ne garder que le blanc sur lequel est inscrit « Ah » ; Ah fait l’amour et un commentateur explique que « la sexualité est une voie d’accès à la connaissance ». (On pourrait dire en passant que la sexualité pourrait (surtout) se faire sensualité si l’on n’avait pas commencé par affubler les comédiens de maillots de bains style décathlon dont on se demande ce qu’ils font là !)
Cette « féerie » sans âme laisse le spectateur perplexe. Pourquoi tout cela ? Ces effets sans émotion lui laissent l’impression désagréable d’être prisonnier. Oui ! On lui dénie sa capacité à sentir, à percevoir, à imaginer, à rêver, à penser… à créer. On se fait démiurge, comme pour lui montrer tout ce que l’on sait faire, tout ce que l’on pense avoir à dire… Toute la vie et tout le théâtre, quoi !
Tout cela ne serait pas bien grave si nous étions ailleurs. Mais en quittant le théâtre de Gennevilliers, on a envie de dire à Pascal Rambert, qu’à l’heure où flambent les banlieues, il n’est pas honnête d’utiliser les gennevillois (et le théâtre subventionné) pour faire œuvre de démagogie.


Christine LE BOT

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Vendredi 30 novembre 2007
Toute la vie au T2G :
le début de l'Ah !

Pascal Rambert est ce début de l'Ah ! Pour sa première saison en tant que directeur du Théâtre 2 Gennevilliers, Pascal Rambert nous propose 2 spectacles sinon rien. Toute la vie sinon rien.

Ça commence. Lou Castel, figure charismatique chez Wenders, Fassbinder ou encore récemment dans la Question humaine de Nicolas Klotz, nous raconte l'Art du Théâtre selon Pascal Rambert. Philippe Katerine envisageait d'expliquer son œuvre à un lièvre mort. Pascal Rambert / Lou Castel raconte son Art du Théâtre à un cocker. Il ne répondra pas. Mais les spectateurs pourront recueillir ces descentes intérieures sur le Rambert revenu de l'Ah ! Là, où l'on sait parler d'abandon. Là, où l'on connaît ce cadeau : le prix du temps offert aux autres.

Puis vient Toute la Vie. Littéralement, la vie de Ah! (2010 - 2085), de sa naissance jusqu'à sa mort, de son premier amour pour une Algérienne jusqu'à son départ de France. Et ce n'est plus seulement du Théâtre. Toute la vie c'est tour à tour du Théâtre, de l'opéra, de la comédie musicale, un film qui se performe live, on stage ! Le spectateur est emporté dans un tourbillon à la douce mélancolie.


Comme un tourbillon de mélancolie

Toute la vie, c'est le mélange des cultures. On commence par le mélange des musiques ; du silence et beaucoup de justesse. 4 élèves du Conservatoire de Gennevilliers entament un arrangement de Bach. Le guitariste Alexandre Meyer distille des fils sonores sur lesquels les performers viennent poser leur élégie. Michael Bennett, chanteur lyrique ténor, lance sa voix en dehors de toute contrainte, suspendue par cette douce guitare électrique, le spectateur en reçoit l'onde jusqu'au silence encore empli.

Toute la vie c'est le mélange des cultures. On commence par des apparitions. Ici vogue le Cargo 1017 en mer de Chine au milieu de jonques à la dérive. Là, le New-York des amoureux, qui ont Toute la vie devant eux. Un clown noir échappé d'un Kurosawa. Des clins d' œil à Truffaut, Delerue, Godard pour s'échapper d'une France à bout de souffle vers une Nuit Made in Américaine.


Le Théâtre du XXIème, ça commence

Toute la vie, des comédiens fidèles à Pascal Rambert. Clémentine Baert , bientôt maman, chantonne et nous gratifie au passage de sa bonne humeur. Kate Moran made in flower power. Lorenzo de Angelis se contorsionne pour un nouveau né et cabriole en chien vagabond. Raphaëlle Delaunay trouve quelques grammes de finesse au bout de ses doigts, en écho à 3 élèves de l'école de danse de Gennevilliers. On ne peut tous les citer... mais retenir son envie pour laisser les surprises...

Toute la vie dans un cube blanc à la simplicité Kubrickienne. Un cube blanc comme une page blanche. Des performers habillés en noir ou en blanc et qui semblent poser cette interrogation à nos sociétés. Nos Sociétés qui vouent un culte à la Performance. Mais la Performance du CAC 40. La Performance du G8. N'y aura t-il bientôt plus qu'au Bangladesh, ces couleurs chatoyantes ?

Pascal Rambert retient encore la joie de ce qui a été vécu, en laisse couler sa mélancolie, alors que point ce regret: on approche déjà de la fin. Moment de bascule pour un final Kitanesque, purement festif.
Ce n'est qu'un au revoir.
Ça commence   
Au T2G     
Ahhh !


Gregor ROUBELAT


l'Art du spectacle (40') à 19h30 suivi de Toute la Vie (1h50) à 20h30
jusqu'au 16 décembre 2007
Théâtre 2 Gennevilliers – 41 avenue des Grésillons – tél : 01 41 32 26 26

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Vendredi 30 novembre 2007
Cet Orgueil qu'est Le Cid par Alain Ollivier

Monter le Cid aujourd'hui. C'est un triple hommage. Hommage à Corneille. Hommage à la pièce fétiche de Gérard Philipe. Hommage au Théâtre tout simplement...
Alain Ollivier fait tonner les trois coups du Théâtre comme miroir de notre société.



Pour sa dernière saison en tant que directeur du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, Alain Ollivier a choisi de nous proposer une lecture du Cid, qui rend hommage à l'art d'être comédien. De défendre un des textes les plus connus du répertoire français. Et c'est en famille, en groupe scolaire, que l'on vient applaudir le Théâtre à la Française et que chacun se met à fredonner les classiques de Pierre Corneille.

Le texte servi par la sobriétécid-chimene.jpg

Sur un décor sobre et tout en horizontales, les comédiens, en costume d'Espagne du XVIème siècle, viennent confronter les générations. Philippe Girard compose le Comte, père de Chimène, tout en assurance un rien hautaine jusqu'à s'emporter face à Bruno Sermonne dans le rôle de Don Diègue, père de Rodrigue. Le gant est lâché sur une joue. Les jeux sont faits. L'honneur est bafoué. Bruno Sermonne se lance avec quelques sanglots : « ô rage, ô désespoir... et n'est-ce pas dans le fond, après son orgueil que pleure désormais cet homme d'âge mûr, devenu soudain grand enfant. Car il faut voir avec quel élan de poupon, Don Diègue viendra demander vengeance auprès de son fils Rodrigue, pourtant épris de Chimène. Thibaut Corrion est un Rodrigue plein de candeur et qui devra affronter son promis beau-père en duel.

Miroir et Métaphore

Et si Alain Ollivier venait surtout à dégager celà de la pièce de Corneille. Qu'est-ce que l'honneur. Qu'est-ce que l'orgueil au regard de la mort d'un homme. Il faut voir alors comment Philippe Girard délaisse sa superbe pour esquisser quelques secondes de doute, de faiblesse au moment de partir au duel. Lui, homme d'arme, au métier si sûr. Ne va t-il pas laisser vivre la jeunesse. Ne va t-il pas rester adulte et s'abandonner de cet orgueil que son rival n'a pas voulu céder ?

Les jeux sont faits. Et la suite sera surtout pour malmener une Chimène qui vient de perdre son père, qui vient de perdre foi en l'amour de son promis. Claire Sermonne est une Chimène éperdue. Et John Arnold, en roi de Castille, viendra jouer d'elle et de ses tourments, avec espièglerie. La fin de la pièce passe ainsi du tragique au comique à la faveur de ses revirements de situation, de ses changements d'humeur en quasi soubresauts.
Mais tout est bien qui finit bien. Les amoureux seront réunis; le public réconcilié avec le théâtre que d'aucuns laissent pour moribond...
...mais qui ne finit pas de divertir, d'enseigner. Le Cid nous offre ce miroir, dans une société où la place de l'honneur, de l'orgueil peut venir occuper les colonnes des faits divers, les bancs des assises. Alain Ollivier semble nous interroger : que vaut finalement l'honneur face à la mort d'un homme et des tourments qu'il entraîne.


Gregor ROUBELAT
(Photo DR / Bellamy)
par theatregerardphilipe publié dans : Le Cid au Théâtre Gérard Philipe
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